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4_ Ayant pris connaissances des directives présidentielles , que font faire nos trois amis ? Vous le saurez dans ce dernier épisode.

Le Drôle de Rêve à Louis

VILLEDIEU-LA-BLOUERE (le 20Septembre 2019 : la fin d’après-midi)

_Dédaignant la Bentley, c’est ainsi qu’ils se retrouvèrent tous les trois sur la route de Villedieu en file indienne, Lapinou affrontant le vent d’ouest qui soufflait par rafales, tandis que Mobylette ayant adopté sa position de fœtus devançait Le Gourou (*). Il faut 7/8 kms pour que la mécanique Lapinou soit en température et produise son meilleur rendement. A ce moment-là une oreille avertie perçoit facilement les plaintes du cadre qui souffre à chaque poussée sur les pédales.

_Au lieu-dit la Fagotière, alors qu’ils s’engageaient sur le chemin menant à la ferme, Yvonne en treillis militaire, armée d’une fourche jaillit de derrière le calvaire pour se jeter en travers de la route, coinçant une rangers sous la roue avant de Lapinou. Pour pittoresque que soit sa physionomie, la cerbère n’en demeurait pas moins redoutable.

 La petite colonne s’immobilisa, de toute façon une herse repoussait tout contrevenant.

‘J’aurais dû m’en douter, songea Le Gourou, il me semblait avoir vu la 4L blanche.’

_Halte là, vilains laids, pas question de passer, terminer le vélo, vade rétro Satanas, Bill doit rester ici pour moi aux petits oignons ! Demi-tour, passez votre chemin, fulmina l’irascible Yvonne femme de p’tit Bill aux yeux injectés de sang.

            _Malgré les pics acérés de la fourche qui venaient à lui titiller le menton, le Gourou s’enhardit d’une voix plaintive :

_Mais mignonne Yvonne, nous avons des chouquettes, nous venons juste pour l’apéro. Voici des laisser passer dument remplis, conformément à la loi.

            _D’un geste rageur, Yvonne s’en empara :

‘_Grr…Personne ne bouge sinon je l’embroche !’ fulmina-t-elle en réajustant son béret vert.

            _Après un examen minutieux, la mégère rendit les trois formulaires et considéra comme suffisant les assurances inscrites sur les congés. D’un geste vif, elle leur intima l’ordre de contourner la herse.  Considérant l’avoir échappé belle, les trois apôtres descendirent la petite route rendant gloire à la Providence, un bin inquiet après un tel accueil, loin du zèle du converti.

_Vous l’avez sentie, maitre ? interrogea Mobylette.

_A deux doigts près. On a eu chaud, Burnous m’avait averti, on s’en est bien tiré …jusque-là. Soupira Le Gourou en essuyant un front perlé de sueur.

_Oui, ça ne pouvait pas durer ainsi, je sentais la température monter. Il a fallu mettre un terme au maitre, finit Lapinou ma foi assez fier de placer son subtil jeu de mots.

            _A mesure qu’ils descendaient prudemment pour rejoindre la maison, une musique sud-américaine à la cadence effrénée leur parvint aux oreilles.

_Ils déposèrent leurs vélos près du four à pain puis se dirigèrent précautionneusement vers ce qui semblait être la source de tout ce tintamarre. En approchant de la baie vitrée de la cuisine quelle ne fut pas la surprise de nos amis que de découvrir un p’tit Bill hilare, torse nu, dansant avec une jeunette (**), courte vêtue, une samba endiablée au son d’un orchestre brésilien diffusée par la radio. Quel spectacle touchant de les voir onduler au rythme de la musique, se trémousser ardemment et se cogner les fesses en cadence. Soudain, la musique se calma, ils s’éloignèrent les bras tendus comme un oiseau cherchant son élan. Puis le tempo accéléra, les deux se retournèrent pour se faire face et leurs lèvres vinrent à se toucher. Dodelinant du derrière ils se baissèrent à l’unisson et ils se frottèrent le nez en se trémoussant. Puis dans cette frénésie qui caractérise les danseurs au sommet de leur art, p’tit Bill en se redressant virevolta et découvrit soudainement les trois apôtres agglutinés à la fenêtre. Immédiatement il coupa la musique. Prestement, p’tit Bill repris sa chemise et vint s’asseoir sur le coin de table en ouvrant le journal, honteux comme un garnement pris en plein délit. Bonita se mit à frotter énergiquement l’évier, feignant l’ignorance tout en remisant sa coiffure. Tout ceci en un rien de temps. Il ne restait plus qu’à notre entreprenant jouvenceau repenti et penaud de basculer sur un scénario d’urgence.

_Bill, feignant la surprise, se leva et invita nos amis à prendre place autour de la table. Sur ces entrefaites, le ronronnement du moteur de la 4L trainant la herse, heureusement les pics en l’air, nous informa du retour d’Yvonne. Pour fêter l’évènement p’tit Bill commanda à Bonita une bouteille de Clos Rhokine (Appellation Corse Figari Protégée). Mettant à profit ces moments de détente, Mobylette jugea l’instant opportun pour étaler ses chouquettes sur la nappe. A l’instant même où Yvonne faisait irruption parmi eux d’un violent coup de rangers dans la porte - le visage encore barré de savon noir sous son béret - à la vue des chouquettes un large sourire la transfigura. Yvonne se mua soudainement en une hôtesse gracieuse et avenante. Car elle adorait ces friandises. Et c’est ainsi qu’il se retrouvèrent six autour de la table, Bonita comprise.

            _Plus tard, beaucoup plus tard, on les retrouva tous réunis (***) auprès du four à pain autour d’un bon repas arrosé de Clos Rhokine. La pièce de résistance consistait en un quartier de bœuf posé au centre de la table. Chacun des convives y besognait vigoureusement en taillant de larges tranches de viande. A la fin du repas il n’en restait guère que des os. René n’avait de cesse d’amuser la galerie avec ses blagounettes, tous s’esclaffaient bruyamment en tapant du poing sur la table à la chute finale. Des crises de rire mémorables se répandaient dans la campagne au point que les vaches du champ voisin se rapprochaient prudemment pour en profiter un peu.  P’tit Bill s’étant emparé d’un accordéon, Yvonne renversa un chaudron et s’en servi comme tambour. Ils entonnèrent des chansons plus ou moins graveleuses, qu’importe, Bonita se remit en selle en se déhanchant frénétiquement, semblant soudain comme ensorcelée sous l’emprise de je ne sais quel gourou. Ayant repoussés, leurs verres et assiettes, les cinq autres gais lurons assuraient la cadence en chantant et en marquant le rythme de leurs pieds et mains. La fête s’éternisa toute la nuit …lo

_’Louis, Louis réveilles-toi. Enfin quoi il est 19 heures. Tu dors depuis 14 heures.’ Fit Bernadette en secouant le léthargique.

_’Ah, Bernadette, fit celui qui semblait venir d’une autre planète, si tu savais le rêve que j’ai fait. Appelle Riton j’ai des choses à lui dire.’

           

 

 

(*) N’importe quel lecteur lambda pourra trouver curieux que Lapinou et Mobylette marque tant de considération envers Le Gourou. Cependant, ceux qui me suivent depuis le début auront compris que B. Allairederien professait depuis au moins 25 ans et qu’il excellait aussi pour les férus de course à pieds. Mais revenons en arrière.  Déjà, très jeune il s’illustra en sortant major de la promotion CP à la grande fierté de ses parents. Bien qu’il ait montré un goût certain pour la gent féminine pour un temps, il jeta finalement son dévolu sur le sport. Il acquit ses lettres de noblesse sur les terrains de foot angevins où il avait été subjugué par le jeu spectaculaire d’un jeune qui montait en puissance un certain p’tit Bill. Il en avait tant été bouleversé que ce dernier en était devenu son idole et le restait pour preuve les nombreuses coupures de presse qu’il gardait jalousement dans son portefeuille. Une formation ad hoc chez les militaires lui permit d’obtenir les diplômes nécessaires à l’enseignement de la pratique sportive.

Finalement ce qui le singularisa fut le refus de tout doctrine et de tout a priori que ses pairs lui avaient enseignés. En butte aux grands pontifes, il en acquit une force de conviction peu commune qui le conduisit à développer ses propres techniques. Ceci est le résultat de sa liberté de pensée et dénote un degré de vitalité intellectuelle supérieur à celui des croyants qui acceptent les dogmes qu’on leur présente sans examiner s’ils concordent avec les faits réels, bien expérimentés et reposants sur des faits solides. Avec le temps, celui qui maintenant détenait une chaire à l’université d’Angers et qui excellait en tant que maitre de conférences, peaufina son art en essayant d’inculquer aux membres du CCB ses préceptes. Il y connut quelques succès et pas seulement d’estime. C’est ainsi que Mobylette put s’aligner au départ de Paris Brest Paris plusieurs fois et mener à terme la boucle dans des conditions défiant l’entendement. Mais le summum de sa carrière il le connut lorsque p’tit Bill accomplit le périple de la randonnée précédemment citée. Pour p’tit Bill ce ne fut qu’une balade de santé, d’ailleurs, à titre personnel, quelque peu soucieux de son état physique, je m’étais rendu à son domicile où je fus à même d’admirer la raie du postérieur indemne de toute rougeur témoignant d’un quelconque mauvais traitement. Tout cela ils le devaient à la science iconoclaste du professeur Allaiderien.

Celui que l’on appelait maintenant Le Gourou se lança dans la rédaction de volumes relatant en détails les tenants et aboutissants de son art. Ses parutions, traduites en plusieurs langues dont la langue de bœuf, connurent un tel succès mondial que des rééditions furent nécessaires. Celui que certains membres de la nomenklatura vouaient aux gémonies ou raillaient, en furent pour leur frais quand il reçut les insignes de la légion d’honneur de la main même du président. Il alla même à être reçu par le pape et la reine d’Angleterre. Les plateaux télé se l’arrachaient. Ses droits d’odeur lui ayant rapporté suffisamment d’argent, il vivait maintenant reclus dans un petit village aux confins de Beaupréau et il faut bien le dire dans une certaine opulence.  Vu ses émoluments conséquents, il s’était attaché les services d’un majordome, Hippolyte pendu à son bon vouloir. Il coulait des jours heureux avec Nanette sa compagne, une experte dans le maniement de l’aspirateur. Il vouait une passion pour son club de vélo et en avait même créé un site qui connaissait un certain succès. Pour autant le succès ne lui avait pas fait perdre la tête, il offrait toujours de judicieux conseils à ceux qui voulaient bien l’écouter. Son retentissement connaissait un tel engouement que le conseil municipal de Villedieu discutait du bien fondé de descendre Jeanne d’Arc pour la remplacer par le buste de B. Allaiderien. Certaines voix s’élevaient pour y adjoindre p’tit Bill, la gloire locale. D’âpres débats faisaient rage entre les pours et les contres.

(**) En catimini, Yvonne s’était attachée les services d’une jeune étudiante brésilienne qui, pour arrondir ses fins de mois, exerçait quelques heures de ménage. Yvonne espérait, par cette manœuvre désespérée, retenir son mari au sein du foyer, loin de ses sorties cyclistes. Cette jeune personne lui avait été conseillé par Nico, qui, profitant d’une situation privilégiée au sein des instances municipales, avait usé de son influence auprès du maire pour faciliter le ‘prêt’. C’était le seul moyen qu’avait trouver Yvonne pour garder son époux à la maison. D’ailleurs à ce sujet Nico reste toujours dispo pour information, il se fera un plaisir d’accéder à votre demande. Son nom (de la brésilienne) : Bonita.

(***) L’auteur notera que, par on se sait quel miracle, Burnous et René furent avertis du bon déroulement des opérations. Ils se concertèrent et en conclurent qu’il était de leur intérêt de s’assurer de la véracité des faits rapportés. C’est la raison pour laquelle ils s‘empressèrent de se rendre à la Fagotterie.

 

 

 

FIN

 

Merci Louis pour toutes ces années passées au CCB où ta bonne humeur et le goût de l’effort t’ont attiré la sympathie de tous. Au fil des ans ton enthousiasme ne s’est pas démenti en participant à 3 fois au séjour en Allemagne et en accrochant Paris-Brest-Paris à ton palmarès. Nous ne parlerons pas de ta virée en Ardèche avec ton petit fils, ni de la remontée de la Loire, ni de notre tournée à Septmontcel et encore moins de Bordeaux-Paris en 2004 à la moyenne de 27km/h.

Nous espérons te garder encore longtemps au club (non pas seulement en photo)avec ton allant de jeune cadet car tu fédères l’adhésion de tous.

 

 

 

 

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