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3_Troisième volet de notre petite série, comment va réagir Burnous à la lecture du courrier de Vendée ?

VILLENEUVE (20 Septembre 2019 : l’après-midi)

 

            _Toute à son ouvrage, Bonemine s’appliquait à suivre une recette sur un vieux livre de cuisine récompensé par les 3 cornes du « BROCS ET BILLOTS », la femme du président perçue néanmoins comme un bruit sourd et mat venant du jardin. Séance tenante elle abandonna ses ustensiles pour se précipiter au jardin où elle découvrit son mari gisant par terre, la main droite crispée sur le pli postal, en proie à ce qui semblait être une crise d’apoplexie. Saisie d’effroi l’épouse poussa une clameur terrifiante.

            _Au moment même, où dans un accès de démence il s’apprêtait à fracasser un vase de l’époque Ming, Mobylette, le mari irascible, précédemment cité, s’arrêta net au cri d’épouvante lancé par sa voisine d’en face.  Abandonnant le combat avec son épouse honnie, Guidoline, déjà prête à riposter en brisant un grand cru, il se précipita chez son président.

 

_Entre temps, Bonemine, affolée s’était saisie d’un seau qu’elle avait lancé à la tête de Burnous. Malheureusement, il s’avéra qu’il s’agissait du contenu de la fosse d’aisance. Le peu de fraicheur procuré par la saumure ragoutante ravigota notre dignitaire. Paraissant revenir à la conscience de ce qu’il l’entourait, encore ébaubi, il écarta une mèche gluante et épaisse de ses yeux et crut reconnaître Mobylette. Ce dernier transi d’émotion, vint à la hauteur du gisant et les yeux humides, dans un geste d’infinie tendresse, lui caressa délicatement la joue.

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_Ah, mon bon Mobylette, toi ici, ha quelle affreuse nouvelle que je tiens de cette missive. Ecoute moi, rapproches-toi. Prends connaissance des instructions cachées dans la lettre scellée que j’avais préparé en cas de crise et suis les recommandations inscrites je t’en conjure. Commanda d’une voix à peine audible un Burnous encore tout estourbi.

_Mobylette, soudain conscient de l’importance de sa mission, prit rapidement congé et mit en sécurité le précieux pli. De retour chez lui et après avoir pris connaissance des détails, il se mit en tenue de cycliste et conformément aux instructions se rendit chez le facétieux René Sourire. Ce dernier était justement en train de finir une lecture ardue du dernier « Petit Ours Brun » avant de s’attaquer au très difficile ouvrage « Oui-Oui champion ». Vite mis au parfum, René acquiesça, comprit la gravité de la situation et agrippa son livret sur lequel nombre d’histoires rigolotes étaient inscrites. Il relut précipitamment les textes, se les remémorant en les mimant et se dépêcha chez Burnous. Il n’y avait pas meilleur remède anti dépressif.

            _Se référant aux instructions présidentielles, Mobylette se dirigea ensuite chez Lapinou. Sur le chemin il rencontra Hydroxicloridrine, une voisine de Lapinou qui indiqua à notre ami que Lapinou s’activait à la Blanchetterie aux bons soins de sa jument. Notons au passage qu’Hydroxicloridine s’attachant à suivre les cours dispensés par la femme de Lapinou, était constamment barbouillée de peinture, cela était dû à une dyslexie tenace qui lui faisait confondre certains termes, par exemple soi et soie, d’où les problèmes engendrés quant à la définition de peinture sur soie ou soi. Quoiqu’il en soit, sur ces précieuses indications, notre ami enfourcha son vélo et se rendit à la ferme familiale. Tout occupé à tresser des nattes de Violette en vue du prochain concours agricole, Lapinou n’entendit point l’arrivée du vélocipédiste.

_Après qu’il ait considéré l’ensemble de son œuvre avec en prime une touffe érigée en palmier avec le tronc inséré dans un ruban de soie rose, il apposa un gros bisou sur le front du canasson. Ce dernier le lui rendit bien en râpant de sa grosse langue rugueuse la joue de son propriétaire marquant là une évidente marque d’affection réciproque. Mobylette, qui s’était fait discret, en conçut un sentiment d’intense tendresse à la vue de ces affectueuses effusions où un regard circulaire lui apprit la livraison récente de foin prémium, ultime coquetterie.  L’heure n’étant point à la sensiblerie, il en vint à déranger les deux tourtereaux. Il lui exposa les faits.

_Lapinou, il est précisé, qu’au cas où nous devons nous diriger vers l’ouest face au vent, tu dois te placer en tête du cortège pour faire face aux bourrasques, dixit le chef. Annonça Mobylette à un Lapinou encore tout retourné après que lui soit conté les derniers évènements. Le cœur lourd il s’apprêta à faire des adieux précipités à Violette.

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            _ Chevauchant leur machine, nous les retrouvons une demi-heure plus tard chez le comptable. Comme convenu, une directive précisait le rôle du trésorier, ils firent un détour chez Copernic qui leur remis une bourse de 10 €uros au cas où. Malheureusement, à cette époque le caissier ne put accompagner ses camarades suite à une mauvaise chute et il retourna lustrer son boulier. L’étape suivante les mena au Fief Sauvin où Mobylette, comme précisé sur la prescription présidentielle, acheta des chouquettes. Puis nos pèlerins mirent le cap sur Villeneuve où vivait en ermite, loin du vacarme de la ville, dans son imposante propriété B. Allairderien : l’éminence grise. Ses contemporains le tenaient dans une telle haute estime qu’ils le baptisèrent : Le Gourou. Mobylette et Lapinou éprouvaient toujours une sorte d’intimidation à la vue des murs imposants de l’austère bâtisse. Ils arrivèrent au manoir de la Oursinière après avoir contourné la Bentley, en empruntant la magistrale entrée dont le fronton portait, gravé dans le granite, la devise de la seigneurie « vos have ut esse pulchra cacas » (*). Ils furent reçus par un valet en livrée, le sévère Hippolyte, qui les introduisit dans une grande salle où trônait sur la cheminée un portrait sépia monochrome représentant le propriétaire des lieux accompagné de son grand-père. Un cadre en bois précieux finement ciselé enjolivait l’ensemble. Puis les deux envoyés furent conduits dans une vaste salle attenante aux lourdes tentures murales sur lesquelles s’illustraient d’anciennes gloires footballistiques. Un des murs recevait une bibliothèque où, entassée dans ses rayonnages, s’amassait une quantité invraisemblable de livres dont certains superbement reliés, ayant comme sujet commun le sport sous toute ses formes y compris le sport en chambre qui avait son rayon rose. Leur attente fut de courte durée puisque le seigneur des lieux, accoutré bizarrement (**), descendit solennellement l’escalier en colimaçon et vint à leur rencontre, le port altier, le menton haut et le regard condescendant. 

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_Ha Mobylette et Lapinou quel bon vent vous amène, lança joyeusement celui qui avait un faux air de Bruce Springsteen.

_Le Gourou, nous avons un gros problème avec notre président, répondit un Mobylette pas franchement à la fête comme en attestait sa moustache rabattue. A la lecture d’un courrier venant de Vendée, Burnous a fait un malaise et il m’a confié une mission dont les détails sont dans ce papier. Avec Lapinou nous suivons scrupuleusement les directives. Nous venons te voir pour connaitre la marche à suivre, comme indiqué.

            _Celui que l’on appelait Le Gourou s’empara du manuscrit et en commença la lecture. A la suite d’un examen minutieux il le leur rendit en pinçant les lèvres, le front soucieux, puis se dirigea vers un rayon de la bibliothèque d’où il en extirpa un petit livret intitulé ‘BILL VLABIN PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT tome 1’. Il invita ses deux amis à patienter dans un profond canapé puis ordonna à Hyppolyte d’offrir deux binouzes en leur faveur. Il les laissa pour s’installer à son bureau style Louis XV situé dans le coin de la pièce. A la lueur d’une lampe de bureau façon banquier, Le Gourou s’activa à l’étude, notant, émargeant, parfois feuilletant en arrière. Sa main gauche appliquée sur son front semblait servir d’étai à une tête soudain bien pesante. Finalement, il referma fermement le bréviaire et quitta son secrétaire. Les traits pénétrés avec la gravité qui sied à un homme soudain conscient de la lourde responsabilité, il déclara :

_Bon, on y va ensemble !

_Ecoute moi bien, releva Lapinou en égouttant sa canette, un pour tous, tous bourrins.

_Tu l’as dit Bouffi, fit Mobylette en enfilant un doigt dans le col de la canette pour récupérer une dernière goutte afin de redonner du lustre aux pics moustachus.

Le professeur remit à sa place la brochure, arborant ce faciès mortifère à la Mgr Barbarin.

            _Une sourde inquiétude commençait à le tourmenter comme en témoignaient ses traits assombris par l’appréhension. Puis se tournant vers ses deux compagnons les jaugeant du regard comme pour s’assurer de leur loyauté :

_Je vous préviens, ça va être coton. C’est un coriace de chez coriace. C’est surtout Yvonne, sa femme, qui m’inquiète. Mais avant vous devez remplir un laisser passer comme ça on aura un alibi, Mobylette t’as les chouquettes ! Précisa-t-il en leur tendant à chacun un formulaire. Tous les trois s’affairèrent à remplir cette attestation en cochant le choix N°4.

P.S. : vous trouverez sur la page suivante un exemplaire de ce formulaire.

(*) « Il faut en c. pour être beau »

(**) On l’aurait été à moins puisque l’excentrique savant avait décidé, ce jour, de s’habiller comme Louis XIV.  Son accoutrement se caractérisait par une profusion de détails et des couleurs vives.

Le costume masculin, qui incarne l’extravagance et la magnificence, se compose de haut en bas d’un chapeau garni de plumes et d’une longue perruque frisée, d’un jabot autour du cou, d’un gilet fait de broderies cousues de fils d’or, d’une veste en satin avec des manches à revers, laissant voir des poignets de dentelle, d’une culotte large ornée de dentelles, des bas de soie agrémentés de rubans, des souliers à bouts carrés avec des talons hauts rouges et de gros nœuds de rubans. Sans compter qu’il aura fallu deux heures à Hyppolyte secondée par Nanette pour l’habiller.

 

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