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2 - Aujourd'hui 2ème épisode et nous voici revenus à Beaupréau. Les photos sont de Bernard A.

BEAUPREAU-EN-MAUGES (20 Septembre 2019 : le matin)

            - Attaché à écrire ses mémoires, pour laisser à la postérité la trace de ses sept ans en tant que président du CCB, Burnous B. mettait un terme à son premier chapitre écrit d’une main hésitante. Quoique les premières lignes furent laborieuses, il maintenait, maintenant, une bonne vitesse de croisière. A 11 heures il décida de se changer les idées en allant flemmarder dans son jardin. « Un peu d’Eire ça fait Dublin !» aimait-il à dire. Comme à l’accoutumée les B. animaient le quartier par leurs incessantes querelles. Il n’était pas rare d’entendre le fracas de la vaisselle se briser, tandis que le couple s’évertuait à s’invectiver. Personne n’aurait pu soupçonner, sous leurs airs irréprochables de premier de la classe, le drame qui se jouait à l’ombre des murs de leur propriété

            - Il choisit avec soin un emplacement pour installer son transat, juste ce qu’il lui fallait de soleil pour goûter un peu de repos car il faisait encore chaud ce 20 Septembre. Il se cala confortablement et se mit à réfléchir sur l’avenir du club avec cette hauteur de vue qui sied tant à la stature présidentielle. Il possédait cette capacité qu’on certains grands hommes de pouvoir s’isoler et de faire fi du vacarme environnant. Il était temps pour lui de passer la main et il voyait mal qui pourrait lui succéder. Le président supputait.

            - La veille au soir il s’était rendu au local et s’était réjoui de l’avancement des travaux et surtout du bon taux de remplissage du frigo. A cette évocation un sourire de satisfaction éclaira son visage. Quel bonheur que de trouver un frigo plein quand on rentrait de randonnée, il ne remercierait jamais assez les deux Yves. Puis son attention bascula sur son trésorier qui, lors de son anniversaire ne manquait pas de lui envoyer une lettre enflammée sur du papier rose le couvrant de louanges. Il fut saisi d’émotion à l’évocation du bouquet reçu, à cette occasion, de la part de la secrétaire adjointe, avec ce mot doux glissé entre les tiges : « LONGUE ET HEUREUSE VIE A NOTRE PRESIDENT BIEN-AIME ». Devant tant de bienveillance, une larme vint à perler aux bords des yeux. Les autres membres du bureau lui vouaient un dévouement total lui offrant moult signes de vénération : des tournées générales en son honneur, des tapes amicales appuyées dans le dos, des regards langoureux. Tous ces courtisans dévots en retour espéraient un poste dans le nouveau bureau. Un large sourire et une inspiration profonde marquèrent son profond contentement. Soudain, son visage se crispa en pensant à cet incapable de secrétaire pour qui il fallait toujours tout répéter. » Quel abruti celui-là ! » pesta-t-il.

            - C’est Bonemine(*), sa douce et charmante épouse, qui vint mettre un terme à ses sombres rêveries.

- Hé Burnous, réveilles-toi, tu as du courrier de Vendée ! lança-t-elle en lui présentant une missive datée de la veille.

- C’est curieux, je n’ai pas de clients en Vendée, répondit-il perplexe.

            - Sur ce la femme du président regagna sa cuisine où la préparation du repas se faisait pressante.

- Se redressant, le front soucieux, l’élu se saisit de la lettre et la décacheta.

 

                                                                                                                 Le 20 Septembre 2019 Fontenay Le Comte

 

Gendarmerie de Fontenay Le Comte                                                   Beaussier Bruno

58 rue du président François Mitterand                                             Président du CCB

85200 Fontenay-Le-Comte

 

 

Monsieur,

Je tiens à porter à votre intention un fait extrêmement étrange qui s’est déroulé mardi dernier près de Bourneau sur la nationale 30.

Aux alentours de 14 :30 le responsable du département en charge de la surveillance des mouvements des sols nous alerta sur de fortes perturbations sismiques dont l’épicentre semblait trouver sa source un peu au-dessous de Bourneux. Eu égard aux évènements récents, si nous faisons référence aux tempêtes dévastatrices de ces dernières années, cette information fut prise très au sérieux par nos services. Notre inquiétude monta d’un cran lorsque nous reçûmes des coups de téléphone d’agriculteurs paniqués par le comportement pour le moins insolite de leur cheptel. Certains bovidés montraient des signes extrêmes de panique comme des yeux exorbités roulant dans des orbites injectées de sang, des cornes brisées, des pis purulents pétris de verrues baveuses, d’ecchymoses infectées sans compter des meuglements atroces de fin du monde. Un taureau récemment honoré au concours agraire dont les exploits avait fait les gros titres de la presse agricole, vit ses attributs tomber subitement et rouler aux pieds de son propriétaire qui aux dernières nouvelles serait toujours aux soins intensifs.

A notre grande satisfaction les sismomètres indiquèrent de façon précise l’épicentre du phénomène. Cependant nous enregistrions un afflux d’appels affolés concentrés sur cette région, je vous les cite pêle-mêle : baisse de la nappe phréatique, déformation de la croûte terrestre, chute de cheveux, le pissote tournant vinaigre. Parallèlement, l’explosion des silos à mogettes exhalant une forte odeur nauséabonde commençait à se répandre ajoutant à cette atmosphère de fin du monde.

Sans attendre la brigade dépêcha une équipe de fonctionnaires hautement expérimentés, l’adjudant Frappquncou et l’agent Sovquipeu . A l’approche de l’épicentre ils eurent toutes les peines du monde pour éviter les fissures qui commençaient à se dessiner sur les routes, de plus il leur fallait garder un œil attentif car un exode massif venait à leur rencontre, un flot ininterrompu semblable aux réfugiés de guerre qui cherchait le salut dans la fuite. Une file de fanatiques religieux tout de noir vêtu, avec en-tête calicots au cœur vendéen et bannières sinistres entonnaient des mélopées funèbres. Fort heureusement, l’adjudant Frapquncou, à l’approche de la retraite avait atteint le poids respectable de 150kgs pour 1m50, ce qui assura une bonne stabilité à la 4L, les pneus et amortisseurs étant soumis à de fortes sollicitations. Un grondement sourd montait des tréfonds terrestres, imperceptible au début puis allant crescendo, on aurait dit des chants d’outre-tombe.

Finalement, ils atteignirent l’épicentre, ballotés par de fortes rafales de vent, l’agent Sovquipeu nota dans son rapport une végétation ravagée, des nuages sombres menaçant à l’horizon, au loin l’orage grondait. Haletant, le souffle court, le cœur cognant à tout rompre, un brin hésitant, ils firent quelques pas en direction d’une masse informe qui semblait coucher sur le côté. Ils identifièrent un individu repu, s’adonnant aux plaisirs de Morphée dont les soulèvements de poitrine coïncidaient avec un ronflement tel que l’usine marémotrice de la Rance n’a plus qu’à aller se rhabiller. Assurant à peine leur stabilité tant le sol vibrait, tremblant d’effroi Sovquipeu eut la présence d’esprit de prendre une photo. Soudain à la suite d’un grognement plus puissant, l’homme se réveilla.

 A la seconde même, le ciel s’éclaircit et le soleil darda ses rayons sur ce beau pays, les oiseaux chantèrent en chœur et virevoltèrent dans les airs, la végétation se redressa et les fleurs s’épanouirent, les récoltes s’annoncèrent abondantes. Les taureaux de nouveau fringants et conquérants vinrent s’enquirent de leurs belles. Les mammites se résorbèrent comme par enchantement et le lait coula à nouveau à flots. La pissote retrouva ses effluves de nectar et les bistrots reprirent des couleurs s’alliant les bonnes grâces du fisc. Le plan ORSEC fut levé et on octroya aux militaires une permission. Les écoles rouvrirent et les usines purent reprendre leur activité. Le gouvernement réfugié à Vichy reprit ses quartiers à Paris. La bourse reprit des couleurs et atteint des sommets. Le taux de gaz à effet de serre plongea, le niveau des mers baissa au grand soulagement des populations bordant les rives menacées. Elvis fut retrouvé sur une île déserte et la venue du Messie est annoncée pour bientôt.

               Reprenant leurs esprits, les deux fonctionnaires de police déchiffrèrent les idéogrammes arborant l’accoutrement du cycliste, déduction faite à la vue d’un vélo gisant à ses côtés. Ces informations nous mènent à vous, c’est la raison de ce courrier. La situation étant redevenue calme nous laissâmes l’individu partir. Vous trouverez au bas de cette lettre la photo prise.

               Veuillez, agréer, monsieur le président, nos salutations distinguées.

                                                                                                       Le Chef de Brigade l’adjudant Trifice

 

 

(*) Elle n’était pas peu fière, Bonemine, d’être la femme du président. En témoignent les nombreux rapports où elle apparaît se pavanant fièrement dans les rues belloprataines arborant un large chapeau aux couleurs du CCB. Tenez les témoignages abondent qui la montrent, altière, fendant la file de clients plein de déférence, à la boulangerie entre autres. Ces derniers s’écartant spontanément pour la laisser passer pour que la commerçante pleine d’obséquiosité lui offre gratuitement des friandises tout en se fendant d’une courbette. Une oreille prêtée attentivement aurait relevé l’émerveillement susurré entre les clients attribuant des vertus quasis mystiques à la femme de l’édile.

 


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