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1_ FONTENAY-LE-COMTE _Pour l'anniversaire de Louis , je lui avais préparé une petite histoire. Malheureusement les évènements que vous connaissez ne m'ont pas permis de le lui remettre au sein du club . Je l'ai fait par la poste.et je vous propose d'en faire la lecture sur 4 épisodes. Vous reconnaîtrez certains de ses contemporains sous des traits inhabituels. Qu'ils me pardonnent , loin de moi l'idée de blesser qui que ce soit. He bien par ces moments si sombres j'espère vous apporter un peu de baume au coeur.

PREFACE

_Il est temps pour moi de confesser l’emploi du temps chargé que j’ai eu l’an dernier pendant les derniers mois et ce qui en a résulté au cours de ce mois de mai 2020.

_Dès la fin du mois de septembre, j’ai cru trouver un peu de repos après une activité au club chargée. Nous venions de conclure notre randonnée Cœur Des Mauges par un succès, les cieux nous ayant été clément. Jean-Paul, malgré sa pénible mésaventure lors d’un brevet cycliste, alignait les colonnes de chiffres qui annonçait un résultat prometteur. Quant à moi, tout doucement je me dirigeais vers la rédaction de notre Assemblée Générale. Je me félicitais de la retraite prochaine d’Edith et rien ne semblait pouvoir venir ternir ce tableau idyllique.

_Cependant un soir d’Octobre, je reçus un coup de fil angoissé de la part de Louis. Un brin inquiet, je lui dis de passer me voir le lendemain. Dès potron-minet, son minois apparut dans l’encadrement de la porte, je l’invitai à prendre une chaise et à s’expliquer. Ce qu’il m’annonça me parut confus au début tant le flot d’informations fusait abondamment. Il s’agissait d’un rêve récent qui le rendait fébrile, mais le flot d’informations était tel qu’il fallait juguler l’abondance des évènements. Il fallait de la méthode. Nous nous arrangions pour que nos épouses respectives restent étrangères à toute ces histoires. C’est ainsi que pendant ces trois mois, prétextant diverses servitudes pour le club des anciens, Louis vint soulager sa conscience.

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A l’époque, à l’étage de la longère, j’avais aménagé une sorte de cabinet. Notre ancien lit avait été converti en divan voluptueux pouvant recevoir Louis en position allongé. Je m’arrangeais pour qu’une température constante de vingt degrés y régna. Je tamisai la lumière juste ce qu’il fallait pendant qu’un fond musical destiné à favoriser une profonde relaxation, apaisait le patient. Je me tenais près de Louis en lui prodiguant de douces paroles qui le plongeaient immanquablement en hypnose. Muni d’un carnet je notais tout ce qu’il voulait bien livrer. Et là il revivait son rêve … Il s’agitait parfois si frénétiquement que je devais mettre fin à notre session. En catimini, pour ne pas éveiller les soupçons, nous nous arrangions pour un prochain rendez-vous. Il semble que personne ne remarquât le manège.

_Finalement, en ce mois de confinement, je rassemblais l’ensemble des feuillets pour les mettre au propre. Et voici le résultat, et surtout n’oubliez pas, il ne s’agit que d’un rêve.

 

FONTENAY LE COMTE (19 Septembre 2019)

_C’est à l’aube de ce 19 Septembre que le coq de service appela la population de Fontenay Le Comte à se réveiller. Une journée bien ordinaire commençait dans cette petite ville de Vendée encore assoupie et assommée par la chaleur de cette fin d’été.

_Immédiatement l’agent Sauvequipeu sauta du lit pour exécuter sa gymnastique matinale. A la suite de ces exercices il se dirigea vers la salle de bain où il prit grand soin de sa moustache la lubrifiant abondamment à la Brillantine, prenant des mesures précises à l’aide d’un réglet et s’assurant du parfait degré d’inclinaison des pics moustachus à l’aide d’un rapporteur. Il était temps maintenant d’entamer le petit déjeuner à la lecture du magazine « LE MONDE » tout en écoutant BFM. Car notre gendarme aimait à rester informé des évènements qui ponctuaient l’actualité. Pour frugal que fut ce repas, il n’en restait pas moins pourvu du nécessaire pour assurer une matinée de travail. Il se leva et regarda son uniforme sur la planche à repasser, uniforme qu’il avait avec attention, la veille, soumis au fer. Après l’avoir enfilé et vérifié la rectitude des plis, il se saisit de son képi et vint se placer sous le portrait de son ancêtre qui s’était illustré au cours des campagnes napoléoniennes. Il se raidit, plaça le couvre-chef sur son cœur et entama la Marseillaise. L’hymne terminé, il ajusta finement son képi immaculé, il était temps de se rendre au bureau.

_Laborieusement le gendarme Frapquncou émergea de son sommeil. Un système ingénieux lui permettait de se lever sans effort. D’abord le lit électrique lui relevait le buste à 90 degrés, ensuite une option permettait de basculer la literie façon tombereau ce qui plaçait les pieds directement dans les chaussons. Un appareillage un peu compliqué mais efficace était arrimé au plafond. A l’aide d’une télécommande deux bras venaient se positionner sous les aisselles du fonctionnaire, pour le soulever. Car l’individu, approchant de la retraite, avoisinait les 150 kg pour un mètre soixante. Se servant des trois pieds de son réveil, il se coiffa à la va vite. Le petit déjeuner, à base de lard et saucisson, s’annonçait copieux. La radio étant calée sur « RIRE ET CHANSONS », il parcourut le dernier « FLUIDE GLACIAL » esquissant un sourire à la vue de certains dessins. Lourdement, il enfila un uniforme chiffonné en pestant à la fermeture de certains boutons. Avant de quitter son logement, il jeta un coup d’œil distrait à un tableau que lui avait envoyé sa maman représentant une truie couchée sur le côté avec une vingtaine de porcelets à la tétée, il eut une pensée pour ses frères et sœurs. Un deuxième tableau où figurait un énorme jambon lui rappela son papa éleveur en Anjou. D’un geste rapide autant que négligeant il tenta vainement de redonner du lustre à un képi qui se trouva un jour pris entra l’assise d’une chaise et son séant, il était temps de se rendre au bureau

_L’adjudant Tifrice, homme petit mais vif doté d’un sens inné pour la résolution d’énigmes réputées insolubles, les gratifia d’un « Salut les filles ! » en franchissant la porte d’entrée. (*)

_Bon, annonça-t-il, les affaires reprennent, tenez, j’ai là un rapport de Pornic. Il semble que le gang des deux abrutis qui écument la région, soit à la veille d’être coincé. Les collègues ont découvert, dans une résidence secondaire, ce qui ressemble fort à un recel. On y a découvert quantité de saucissons, lard, jambon fumés, sacs de mogettes (**).

_Il s’agissait d’un gang de deux individus qui écumaient la région détroussant les habitations isolées en profitant de l’ignorance des pauvres hères. Le premier JP Harassant, alias le Savant Fou, « court sur pattes » mais toujours avenant, l’œil malicieux plein d’espièglerie usait de son éloquence pour détourner l’attention du quidam. Tandis que son compère Y Sourcier, dit Le Sorcier, affectant un air sévère et entendu, en profitait pour dérober tout ce qui se mangeait et qui se trouvait à portée. (***)

_C’est une bonne nouvelle, répondit Sauvquipeu, depuis le temps qu’ils nous narguaient, ces deux-là. Justice est rendue.

_On pourra peut-être récupérer à manger, chef. Risqua Frapquncou en s’épongeant le front et en s’écrasant dans son fauteuil.

_Non, fulmina l’adjudant, occupez-vous plutôt de Jean Quêtepourvous. Celui-là, il commence à m’énerver. Mais je crois qu’on arrive au bout.

_Il est vrai que cette histoire avait défrayé la chronique tout l’hiver. Mais d’ultimes investigations avaient mis au jour un élément qui permettait d’assurer une fin prochaine et ramener la sérénité dans la petite bourgade de Beaupréau. (****)

_Enfin une affaire classée au grand soulagement de la brigade.

_Autrement, Chef, autre chose ? Fit Sauvquipeu en mettant sa machine à écrire sous tension.

_Ha si, il y a la Grande Mogette, le cycliste qui a déposé une main courante pour un vent d’ouest trop fort. Renvoya l’adjudant.  Et puis il y a Marie-T qui a déposé une main courante pour une main baladeuse et une autre Marie-T qui a aussi déposé une main courante contre son mari qui a battu les œufs en neige.

_Ainsi se déroulait cette matinée, ma foi conforme à toutes les autres, la routine quoi. Arriva l’heure du déjeuner avec un jus d’orange pour Sauvquipeu et un triple Ricard pour Frapquncou. Le déjeuner se déroula sans coup férir, léger pour l’un et plus massif pour l’autre. A la radio R Sourire déroulait ses blagounettes, Frapquncou, rassasié et à pleine peau, alla s’assoir au pied du chêne situé dans la cour. Il ouvrit le col de sa chemise, détendit ses bretelles et soudain sa tête s’affaissa et un ronflement puissant se fit entendre.

_Jusqu’au moment où l’adjudant le secoua….

 

(*) D’une constitution qui au premier abord peut paraitre frêle et éteinte, le lecteur serait surpris par le haut degré d’intelligence déployé par ce fonctionnaire issu de conditions sociales des plus arriérées. Ayant eu une enfance difficile, dont une partie a été relatée précédemment, notre homme embrassa la carrière militaire où ses facultés intellectuelles firent merveille. Il n’avait pas son pareil pour résoudre des énigmes ou cold cases pour lesquels ses coreligionnaires avaient baissé les bras. Le cas du Savant Fou (voir plus loin) reste édifiant. L’ayant convoqué à maintes reprises, il refusa son emprise et poussa ses investigations en employant des métaphores et en faisant le lien avec des situations de prime abord complètement étrangères. Le Savant Fou croyait convaincre le gradé en usant de son emprise. Il n’en était rien, le militaire, sous ses airs d’une inquisition nonchalante, amassait les éléments qui allaient conduire à la constitution d’un solide dossier à charge. Feignant la connivence autant que la subordination, l’adjudant Tifrice tissait la toile dans laquelle les deux affreux vauriens finiraient par tomber.

(**) La mogette présentait un intérêt certain pour Le Savant Fou, car il avait mis au point un carburant miracle. En effet, s’étant attiré les bonnes grâces d’un bouilleur de cru, l’escroc en récupérait l’essence même. Cette dernière étant mélangée à de la bave de crapaud sous des conditions précises, on en obtenait un additif détonant ajouté aux carburants actuels. Pour expérimenter la trouvaille, nos deux fonctionnaires en mélangèrent à l’essence de la vieille 403. Mal leur en a pris, car au bout de trois kilomètres, un piston traversa le capot.

(***) La technique rompue reposait sur des habitudes simples mais éprouvées. Les deux démoniaques VRP se présentaient au domicile de la pauvre victime, arguant je ne sais quel futile produit qui trouverait une utilité indispensable au sein du foyer. Avec ses manières précieuses et pleine de fausse empathie, le Savant Fou avait le don d’enjôler la pauvre victime en l’inondant de boniments farfelus, là la cajolant sur la taille de ses tomates, là sur sa bonne mine. D’autres fois, son intérêt se portait sur un portrait posé sur la cheminée et il n’avait de cesse de broder autour, captivant son auditeur en le couvrant de louanges dithyrambiques. Tartiné de flatteries, l’incrédule paysan buvait les paroles du prophète. Pendant ce temps-là, le perfide Le Sorcier en profitait pour parcourir discrètement du coin d’un œil inquisiteur la table où pouvait encore se trouver le pot de rillettes, la tranche de lard et le saucisson pour lequel il éprouvait une attirance originale. Du coin de l’œil, ai-je dit, c’est une erreur car le malfrat affublé d’un strabisme prononcé, couvrait l’espace sur une amplitude de 180 degrés. Mais il montrait une disposition d’esprit particulière pour l’âtre de la cheminée où pendaient les jambons fumés. Et avec son allure de Sainte Nitouche, d’un geste habile autant qu’approprié, le voleur s’emparait du magot qu’il savait habilement dissimuler sous son grand manteau. Son forfait accompli, il en avertissait son acolyte par un geste convenu connu d’eux deux. Brusquement, le Savant Fou mettait fin à la discussion et les deux repartaient comme ils étaient venus, c’est-à-dire comme des voleurs. Ce n’est que beaucoup plus tard que la gendarmerie enregistrait le dépôt de plainte de l’infortuné. Finalement ils furent vendus par le charcutier de Pornic qui, enregistrant un chiffre d’affaire en chute libre, trouva la réponse à son désarroi en prêtant une oreille attentive à des propos entendus dans la bouche de ses clients. Il ne fut pas très difficile pour les gendarmes de Pornic de mettre à jour ce monstrueux trafic. Ce ne fut qu’un jeu d’enfant pour Toutou, le chien policier détaché spécialement par le Quai des Orfèvres, pour remonter jusqu’au hangar débordant de nourriture. Qui plus est, en poussant leurs investigations, ils mirent à jour un atelier clandestin où, semblait-il, s’élaboraient dans des Marie Jeanne d’où remontaient des bulles d’air dans un gargouillement étouffé, une étrange mixture, à base de mogettes fermentées. Plus loin ils devaient découvrir une couveuse à crapauds, nous savons maintenant pourquoi. A la suite de la mise sous scellé du hangar et du don des crapauds à la SPA, la police procéda à l’interpellation des deux gredins. Désormais, le gang des voleurs croupirait dans un cachot sombre et humide avec pour seule compagnie les rats, une tinette, un morceau de pain et un verre d’eau. Le seul éclairage sera fourni par un soupirail haut perché, barré par d’épais barreaux en fer forgé. Fin de partie pour les deux affreux cocos.

(****) Une enquête avait débuté en Anjou faisant les gros titres du BOURBIER DANS L’OUEST. Quelques mois plus tôt une dénonciation calomnieuse et anonyme visait à faire accuser de façon éhontée l’honorable président nouvellement élu et dont son implication dans une sombre affaire de fausses factures avait suscité un fort mouvement de sympathie au sein de la population belloprataine tant il était aimé et adoré. Je vous épargnerai les virulentes passes d’armes qui virent s’affronter le comité de soutien à l’édile à une minuscule frange urticante de la population belloprataine.

  Passe pour les vingt touillettes dissimulées mais pour la facture des pointes, le tribunal restait intransigeant. Face aux attaques diffamatoires, relayées par un JeanQuêtePourVous déchainé, avide de sensations fortes, l’infortuné président ne put chercher son salut que dans la fuite à St Philbert En Mauges En Vitesse. Le curé Tréci l’ayant pris sous sa protection, lui accorda l’asile. Une barrique lui servait d’abri et le soir la bonne lui apportait un yaourt et une feuille de salade, cette maigre pitance lui aurait permis de tenir jusqu’à l’ouverture supposé du procès. Le dimanche, luxe ultime, il avait droit à une bouteille de rouge, l’extrême confinement auquel il était assujetti lui assurait une promise cuitée. Le temps passant, le malheureux s’étant lié d’amitié avec la bonne, les deux tourtereaux envisageaient de convoler en justes noces.

On se dirigeait tout naturellement vers un procès retentissant. Contre toute attente, l’affaire venait de connaître un regain d’intérêt subit puisque le ticket de caisse de 3€20 avait été retrouvé chez un dénommé Jean P’Ol-Tron. Ce dernier, défavorablement connu des services de la préfecture, fut reconnu, un soir dans la pénombre, alors qu’il longeait discrètement le mur de l’école, par son long manteau et son chapeau enfoncé sur sa tête elle-même plongée dans les épaules, alors que ses yeux inquisiteurs lançaient des regards furtifs aux alentours. Il fut confondu et se fut en vain qu’il plaida son innocence au procès. Au cours de la perquisition qui suivit les forces de l’ordre mirent la main sur cette fameuse pièce à conviction.

Jean Quêtepourvous ayant flairé le bon filon, l’affaire connue une répercussion nationale et Médiapart s’en empara. Finalement le félon Jean P’Ol-Tron fut condamné à des travaux d’intérêt généraux consistant à nettoyer tous les graviers menant à ladite école avec une brosse à dent. Le tribunal avait longtemps délibéré sur la sanction à apporter : pendaison à la plus haute branche d’un fraisier rampant, fusillé à l’eau chaude, inscription à Paris Brest.

Quant au courageux président, il fut réintégré à Beaupréau sous les vivats de la population. Les cloches des églises sonnèrent à toute volée pour marquer l’évènement, un avenir radieux s’ouvrait devant lui. N’ayant plus rien à se mettre sous la dent Jean QuêtePourVous retourna à ses rosiers.

 

 


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